Il est admis dans nos milieux journalistiques québécois que la mondialisation est un fléau terrible et qu'il serait bon d'y mettre des freins. Je ne partage pas cette opinion, optant plutôt pour l'option inverse, c'est-à-dire, propager le plus possible la mondialisation pour favoriser une économie globale, sans frontières, où le capital est accessible et où le niveau de vie des gens augmente au lieux de stagner. La progression des 50 dernières années semble donner raison à cette option. On mange mieux, on a plus de ressources, on vit plus vieux et on est moins pauvres (je parle ici de la base, l'extrême pauvreté [moins de 1$/jour]
est en net recul selon la Banque Mondiale).
Quand j'ose (!) exprimer cette opinion devant mes amis des milieux socialistes, on me répond souvent que les pays les plus pauvres subissent un recul à cause de la globalisation et de la libéralisation des frontières. Cependant, j'ai fait des recherches récemment et il semble que, au contraire, ce soit les protectionnistes et autres corporatistes qui minent le développement des économies en développement. Commençons d'abord par un extrait d'un rapport d'Oxfam datant de 2002, citant un jeune mère de 23 ans travaillant dans une industrie textile au Bangladesh :
C'est un travail difficile, et nous ne sommes pas bien traitées. Les patrons ne nous respectent pas, nous les femmes. Mais la vie est beaucoup plus dure pour ceux qui travaillent ailleurs. Si je retournais au village, j'aurais moins d'argent. En dehors des usines, les gens qui vendent dans la rue ou qui transportent les briques sur les chantiers gagnent moins que nous. Il y a peu d'autres options. Bien sûr, je souhaite de meilleures conditions. Mais pour moi, ce travail signifie que mes enfants auront assez à manger et que leur vie pourra s'améliorer.
En relation avec cette citation, rappelons que selon
Helen Rahman de chez Shoishab (organisation financée par Oxfam au Bengladesh), l'émergence d'une industrie textile, a permis au cours des années 1980 à 2000 aux femmes d'acquérir une meilleure position sociale. Cela se mesure, entre autres, par l'augmentation de l'âge moyen des femmes au mariage.
Aussi, selon une étude publiée en 2001 et fait auprès de 1322 ouvrières de Dacca, Naila Kabeer et Simeen Mahmud ont trouvé que le revenu mensuel moyen des ouvrières du textile pour l'exportation était supérieur de 86 pour cent à celui des autres salariés des mêmes bidonvilles.
Or donc, des débuts ardus, mais qui prédisposent à un avenir meilleur pour les enfants de ces mères et possiblement une existence plus confortable pour elles-mêmes.
D'ailleurs, en 1993, anticipant l'ambargot des États-Unis sur les produits fabriqués en ayant recours au travail des enfants, l'industrie du vêtement du Bangladesh a congédié 50 000 enfants. L'UNICEF et d'autres groupes locaux ont enquêtés sur leur sort. Si environ 10 000 d'entre eux sont retournés à l'école, les autres se sont retrouvés dans des postes encore plus pénibles, par exemple la taille de pierres, d'autres se sont fait manipulés pour entrer dans des réseaux de prostitution.
Bien entendu, cela ne donne aucun poids argumentaire aux ateliers de travail, surtout pas lorsque ces derniers forcent les enfants à faire du travail dangereux, mais, comme le dit Pranhab Bardhan (voir référence à la fin du texte) : "les militants des droits de l'homme doivent être conscients des possibilités limitées dont disposent les pauvres, et des conséquences parfois perverses des politiques de « commerce équitable »."
Et justement, c'est ce manque de liberté que je veux défendre, il est impératif que ces gens puissent, comme nous occidentaux, faire des choix, choisir leur employeur, choisir leur gouvernement, choisir ce qu'ils mangent et ce qu'ils veulent lire. La situation de liberté relative, surtout chez les femmes, est trop fragile pour baisser les bras. Cependant, il ne faut pas tomber dans le piège de la pensée magique. La situation rélevée par Helen Rahman est un très bon exemple, l'ouverture sur le monde, l'accès au capital (et je parle du capital personnel), la propagation et l'accélération des communications sont des facteurs de changements importants au niveau des droits et libertés.
Il est bien certain que la mondialisation n'est pas une bonne fée qui règlera tout les problèmes de l'humanité, l'initiative personnelle et celle des différents gouvernements est en cause dans le processus d'amélioration des conditions de vie. Comme le fait remarquer Pranab Bardhan (voir référence à la fin du texte), l'ouverture de l'économie au commerce mondial ne rend pas les pauvres plus pauvres et les riches plus riches si les institutions et les politiques intérieures sont solides. Il est certain que les pays, notamment ceux d'Afrique sub-saharienne, ayant des vides politiques constants, des partis uniques, des constitutions mal construites ou simplement inexistantes, créent des goulots d'étranglements où leur population ne peut avoir facilement accès au développement.
Quelles solutions sont envisagés? Mis à par le contrôle des mouvances de capitaux à court termes, le démantèlement des trusts, l'élaboration de programmes sociaux, il subsiste une solution qui me semble actuelle et historiquement justifiable : la réduction du protectionnisme.
En fait, l'obstacle principal des pays pauvres n'est pas un excès de mondialisation, mais une insuffisance. Il est en effet difficile de sortir de la pauvreté quand les pays riches subventionnent leurs propres agriculteurs et industries, qu'ils ferment leur frontières par des douanes. Il se fait une compétition malsaine.
Dans les faits, les pays en développement subissent, dans leur ensemble, une perte annuelle estimée à quelque 40 milliards d'euros et leur perte annuelle pour le textile et l'habillement est estimée à une vingtaine de milliards.
Et ce déficit est supérieur à l'aide des pays riches au Tiers-monde!
C'est en quelque sorte une roue hypocrite qui tourne. Les pays riches ferment leurs frontières et subventionnent leurs agriculteurs, ce qui fait augmenter artificiellement les prix (évidemment, puisque la production des pays plus pauvres ne peut entrer à cause des tarifs douaniers), résultat, en exportant vers les pays pauvres (et même dans leur propre pays), le prix des biens produits (ici des aliments) est plus élevé, trop élevé pour être accessible à bien des gens en situation de pauvreté.
On se rend bien compte qu'il est beaucoup plus facile de critiquer que de chercher à comprendre, de chercher à voir que la droite peut avoir une raison. Le monopole de la vertu que s'accapare la gauche avec ses discours jouant sur les cordes sensibles et l'ignorance est en recul justement grâce à l'accès à l'information partout dans le monde, ce n'est plus les philosophes dans les cafés des grandes villes qui peuvent commenter l'actualité et l'État du monde, c'est nous désormais, les individus ordinaires qui s'accaparent ce pouvoir!
Toutes les données utilisées dans ce texte, sauf exception nommés, viennent du texte "Mondialisation et pauvreté", par Pranab Bardhan, professeur d'économie à l'Université de Californie à Berkeley, aux Etats-Unis. Il a été trouvé sur le site internet d'Oxfam et faisait état de plusieurs rapports, j'ai jugé bon d'en faire un résumé pour ce billet, vous pouvez le trouver dans son entièreté à cette adresse.