mercredi 24 décembre 2008

Collectivisme et Innovation?

Comment une société collectiviste pourrait encourager l'innovation s'il faut demander un budget de recherche pour tout et que l'État centralisé doit donner son accord et décider ce qui est bon de ce qui ne l'est pas?

Pourquoi les humains ne pourraient-ils pas eux-même de choisir où ils veulent investir s'ils croient qu'un projet peut être bénéfique ou rapporter à la société? Pourquoi devraient-ils s'embourber dans une politique bureaucratique?

Qu'est-ce qui est le mieux? Un gouvernement décidant de toutes les voies à adopter? Ou bien un million d'humains tentants différentes approches?

Il est, selon moi, nécessaire d'être toujours de plus en plus libre, il faut que tout les peuples puissent jouir de la liberté. Il faut que tout les humains puissent faire des choix, il ne faut pas qu'on les force à quoique ce soit au nom d'une idéologie dogmatique.

Le totalitarisme a prouvé être une mauvaise alternative. Ce n'est pas un gouvernement coercitif qui peut décider pour des millions d'humains la voie à suivre.

Seul un état garantissant la liberté individuelle et la propriété privée peut y arriver.


mardi 23 décembre 2008

Mondialisation et pauvreté

Il est admis dans nos milieux journalistiques québécois que la mondialisation est un fléau terrible et qu'il serait bon d'y mettre des freins. Je ne partage pas cette opinion, optant plutôt pour l'option inverse, c'est-à-dire, propager le plus possible la mondialisation pour favoriser une économie globale, sans frontières, où le capital est accessible et où le niveau de vie des gens augmente au lieux de stagner. La progression des 50 dernières années semble donner raison à cette option. On mange mieux, on a plus de ressources, on vit plus vieux et on est moins pauvres (je parle ici de la base, l'extrême pauvreté [moins de 1$/jour] est en net recul selon la Banque Mondiale).

Quand j'ose (!) exprimer cette opinion devant mes amis des milieux socialistes, on me répond souvent que les pays les plus pauvres subissent un recul à cause de la globalisation et de la libéralisation des frontières. Cependant, j'ai fait des recherches récemment et il semble que, au contraire, ce soit les protectionnistes et autres corporatistes qui minent le développement des économies en développement. Commençons d'abord par un extrait d'un rapport d'Oxfam datant de 2002, citant un jeune mère de 23 ans travaillant dans une industrie textile au Bangladesh :

C'est un travail difficile, et nous ne sommes pas bien traitées. Les patrons ne nous respectent pas, nous les femmes. Mais la vie est beaucoup plus dure pour ceux qui travaillent ailleurs. Si je retournais au village, j'aurais moins d'argent. En dehors des usines, les gens qui vendent dans la rue ou qui transportent les briques sur les chantiers gagnent moins que nous. Il y a peu d'autres options. Bien sûr, je souhaite de meilleures conditions. Mais pour moi, ce travail signifie que mes enfants auront assez à manger et que leur vie pourra s'améliorer.

En relation avec cette citation, rappelons que selon Helen Rahman de chez Shoishab (organisation financée par Oxfam au Bengladesh), l'émergence d'une industrie textile, a permis au cours des années 1980 à 2000 aux femmes d'acquérir une meilleure position sociale. Cela se mesure, entre autres, par l'augmentation de l'âge moyen des femmes au mariage.

Aussi, selon une étude publiée en 2001 et fait auprès de 1322 ouvrières de Dacca, Naila Kabeer et Simeen Mahmud ont trouvé que le revenu mensuel moyen des ouvrières du textile pour l'exportation était supérieur de 86 pour cent à celui des autres salariés des mêmes bidonvilles.

Or donc, des débuts ardus, mais qui prédisposent à un avenir meilleur pour les enfants de ces mères et possiblement une existence plus confortable pour elles-mêmes.

D'ailleurs, en 1993, anticipant l'ambargot des États-Unis sur les produits fabriqués en ayant recours au travail des enfants, l'industrie du vêtement du Bangladesh a congédié 50 000 enfants. L'UNICEF et d'autres groupes locaux ont enquêtés sur leur sort. Si environ 10 000 d'entre eux sont retournés à l'école, les autres se sont retrouvés dans des postes encore plus pénibles, par exemple la taille de pierres, d'autres se sont fait manipulés pour entrer dans des réseaux de prostitution.

Bien entendu, cela ne donne aucun poids argumentaire aux ateliers de travail, surtout pas lorsque ces derniers forcent les enfants à faire du travail dangereux, mais, comme le dit Pranhab Bardhan (voir référence à la fin du texte) : "les militants des droits de l'homme doivent être conscients des possibilités limitées dont disposent les pauvres, et des conséquences parfois perverses des politiques de « commerce équitable »."

Et justement, c'est ce manque de liberté que je veux défendre, il est impératif que ces gens puissent, comme nous occidentaux, faire des choix, choisir leur employeur, choisir leur gouvernement, choisir ce qu'ils mangent et ce qu'ils veulent lire. La situation de liberté relative, surtout chez les femmes, est trop fragile pour baisser les bras. Cependant, il ne faut pas tomber dans le piège de la pensée magique. La situation rélevée par Helen Rahman est un très bon exemple, l'ouverture sur le monde, l'accès au capital (et je parle du capital personnel), la propagation et l'accélération des communications sont des facteurs de changements importants au niveau des droits et libertés.

Il est bien certain que la mondialisation n'est pas une bonne fée qui règlera tout les problèmes de l'humanité, l'initiative personnelle et celle des différents gouvernements est en cause dans le processus d'amélioration des conditions de vie. Comme le fait remarquer Pranab Bardhan (voir référence à la fin du texte), l'ouverture de l'économie au commerce mondial ne rend pas les pauvres plus pauvres et les riches plus riches si les institutions et les politiques intérieures sont solides. Il est certain que les pays, notamment ceux d'Afrique sub-saharienne, ayant des vides politiques constants, des partis uniques, des constitutions mal construites ou simplement inexistantes, créent des goulots d'étranglements où leur population ne peut avoir facilement accès au développement.

Quelles solutions sont envisagés? Mis à par le contrôle des mouvances de capitaux à court termes, le démantèlement des trusts, l'élaboration de programmes sociaux, il subsiste une solution qui me semble actuelle et historiquement justifiable : la réduction du protectionnisme.

En fait, l'obstacle principal des pays pauvres n'est pas un excès de mondialisation, mais une insuffisance. Il est en effet difficile de sortir de la pauvreté quand les pays riches subventionnent leurs propres agriculteurs et industries, qu'ils ferment leur frontières par des douanes. Il se fait une compétition malsaine.

Dans les faits, les pays en développement subissent, dans leur ensemble, une perte annuelle estimée à quelque 40 milliards d'euros et leur perte annuelle pour le textile et l'habillement est estimée à une vingtaine de milliards.

Et ce déficit est supérieur à l'aide des pays riches au Tiers-monde!

C'est en quelque sorte une roue hypocrite qui tourne. Les pays riches ferment leurs frontières et subventionnent leurs agriculteurs, ce qui fait augmenter artificiellement les prix (évidemment, puisque la production des pays plus pauvres ne peut entrer à cause des tarifs douaniers), résultat, en exportant vers les pays pauvres (et même dans leur propre pays), le prix des biens produits (ici des aliments) est plus élevé, trop élevé pour être accessible à bien des gens en situation de pauvreté.

On se rend bien compte qu'il est beaucoup plus facile de critiquer que de chercher à comprendre, de chercher à voir que la droite peut avoir une raison. Le monopole de la vertu que s'accapare la gauche avec ses discours jouant sur les cordes sensibles et l'ignorance est en recul justement grâce à l'accès à l'information partout dans le monde, ce n'est plus les philosophes dans les cafés des grandes villes qui peuvent commenter l'actualité et l'État du monde, c'est nous désormais, les individus ordinaires qui s'accaparent ce pouvoir!



Toutes les données utilisées dans ce texte, sauf exception nommés, viennent du texte "Mondialisation et pauvreté", par Pranab Bardhan, professeur d'économie à l'Université de Californie à Berkeley, aux Etats-Unis. Il a été trouvé sur le site internet d'Oxfam et faisait état de plusieurs rapports, j'ai jugé bon d'en faire un résumé pour ce billet, vous pouvez le trouver dans son entièreté à cette adresse.


dimanche 21 décembre 2008

Paupérisation des jeunes?

On m'a dit, pas plus tard qu'hier, que les jeunes Canadiens s'enlisaient de plus en plus dans la pauvreté, que chaque année plusieurs passaient sous le seuils de pauvreté. Je suis allé faire un petit tour sur Statistique Canada (j'aime les statistiques!) et je suis tombé sur quelque chose que j'avais déjà vu, le diagramme (voir mon billet "Statistiques") sur l'entrée et la sortie annuelle des Canadiens du seuil de pauvreté.

J'ai fait une petite modification pour ne prendre que les variables touchant les 18-24 ans et voici le tableau :



Excepté en 1995-96 et en 2001-02, il y a toujours eu plus de gens de 18-24 ans qui, après impôt, arrivaient au dessus du niveau de faible revenu.




Source : http://www.statcan.gc.ca/pub/75-203-x/00002/4068864-fra.htm


Le Pouvoir des individus



Il ne faut pas être étonné si des personnalités influentes, des décideurs
et des politiciens prétendent que "nous" (c'est-à-dire eux) perdons notre
capacité d'intervenir à cause de la mondialisation. En fait, ce pouvoir qu'ils
perdent, c'est nous, citoyens ordinaires, qui le gagnons.

La plupart d'entre nous ne deviendront pas des membres du jet-set
international, mais cela n'est pas nécessaire pour participer au processus de
mondialisation. Les pauvres et les démunis voient leur bien-être s'améliorer de
façon significative lorsque les barrières tarifaires empêchant l'entrée des
produits étrangers à bas prix sont éliminés, et lorsque des investisseurs
internationnaux viennent créer des emplois et améliorer l'efficacité des
entreprises locales.


(...)




Et pourtant, les politiques de déréglementation, de privatistion
et de libération du commerce n'ont pas été inventés par des idéologues
ultralibéraux. Il est vrai que certains leaders politiques - Ronald Reagan et
Margaret Thatcher, par exemple - ont été inspirés par le libéralisme économique.
Mais les plus grands réformateurs, ceux sans qui le phénomène de la
mondialisation du capitalisme n'existerait pas, étaient d'abord des communistes
en Chine et en Union Soviétique, des protectionnistes en Amérique latine et des
nationalistes en Asie. Dans plusieurs autres pays, (en Suède par
exemple) ce sont les socio-démocrates qui ont fait avancer les choses.

Bref, la thèse selon laquelle des conspirateurs ultralibéraux auraient voulu
appliquer une thérapie de choc à l'échelle mondiale est tout à fait farfelue. Ce
sont plutôt des politiciens pragmatiques, souvent anti-libéraux, qui trouvaient
que leur gouvernement avait exagéré en voulant tout contrôler, qui ont décidé de
commencer à libéraliser leur économie.



Il faut également mettre un bémol à cette idée d'une domination
mondiale du capitalisme libéral en soulignant que nous avons aujourd'hui les
secteurs publics les plus étendus et les taxes les plus élevés de l'histoire de
l'humanité. Les mesures de libéralisation qui ont été introduites avaient pour
but d'éliminer un certain nombre de politiques imposant un contrôle excessif, et
non d'imposer un système de laisser-faire. Comme les dirigeants qui ont reculé
l'ont fait à leur rythme et selon leur propre évaluation de la situation, on
peut se demander si les réformes sont vraiment allées trop loin ou si, au
contraire, elles n'ont fait que commencer.


Source : NORBERG, Johan, Plaidoyer pour la mondialisation capilatiste, Trad de l'anglais par Martin Masse, publ. en collab. avec l'IEDM, Éditions Saint-Martin, 2003, Montréal, 195 p.


vendredi 19 décembre 2008

Histoire

Étant étudiant en Histoire à Sherbrooke, je lance une section de mon blogue complètement dédiée à l'histoire, vous pouvez y accéder en cliquant sur l'onglet "histoire" en haut de la page principale. "sherbrookois.com" sera désormais dédié à des considérations socio-politiques et tout ce qui touche l'histoire sera répertorié dans la nouvelle section.

Bonne lecture!

Le Sherbrookois


jeudi 18 décembre 2008

Frédéric Bastiat

L’État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde

- Journal des débats

N’attendre de l’État que deux choses : liberté, sécurité. Et bien voir que l’on ne saurait, au risque de les perdre toutes deux, en demander une troisième.

- Harmonies économiques


mercredi 17 décembre 2008

Le registre des armes à feu

Qui a coûté plus cher que le scandal des commandites, mais qui n'a que parcimonieusement fait couler de l'encre au Québec?


Bien entendu, le registre des armes à feu, qui, comme son nom le suppose, est une belle pensée magique voulant que toutes armes utilisée au Canada ait été achetée légalement.

Selon les chiffres du Gouvernement du Canada (!) :

- En 1995, le gouvernement précédent a indiqué au Parlement que le programme des armes à feu, plus précisément le registre des armes d'épaule, aurait un coût net de deux millions de dollars (Rapport de la vérificatrice générale de 2002, chapitre 10).
En mai 2000, le gouvernement précédent a avoué que les coûts avaient grimpé jusqu'à au moins 327 millions de dollars (Rapport de la vérificatrice générale de 2002, chapitre 10).

- Au mois de mars 2005, le coût net du programme des armes à feu était de 946 millions de dollars et, à l'été 2006, ces coûts avaient dépassé un milliard de dollars. La vérificatrice générale a affirmé que le Parlement a été mal informé au sujet de bon nombre de ces coûts ( Rapport de la vérificatrice générale de 2006, chapitre 4).
Ni les coûts engagés par les organismes provinciaux et territoriaux pour exécuter la loi ni les coûts assumés par les propriétaires et les entreprises d'armes à feu pour se conformer à la loi n'ont été calculés (Rapport de la vérificatrice générale de 2002, chapitre 10).

- Deux études effectuées par la Bibliothèque du Parlement estiment que les coûts d'exécution et de conformité sont importants, et que ces coûts pourraient se chiffrer dans les centaines de millions de dollars ( Compliance Costs of Firearms Registration, 10 octobre 2003; Estimates of Some of the Costs of Enforcing the Firearms Act, 20 mars 2003).
Source : http://www.publicsafety.gc.ca/media/nr/2007/nr20071116-2-fra.aspx

Alors non seulement on gaspille l'argent des payeurs d'impôts et taxes, mais en plus, l'impact économique (négatif) serait de l'ordre de centaines de millions! Ce qui est très intéressant d'ailleurs quand on regarde l'impact qu'a eu le registre d'armes à feu sur le nombre d'homicides fait avec tout les types d'armes répertoriés dans le registre :


Source : Statistique Canada. Tableau 253-0005 : Enquête sur les homicides, homicides commis avec une arme à feu, selon le type d'arme à feu, Canada, annuel (diagramme), CANSIM (base de données), E-STAT (distributeur).
http://estat2.statcan.ca/cgi-win/cnsmcgi.exe?
Lang=F&ESTATFile=EStat\Francais\CII_1_F.htm&RootDir=ESTAT/

(site consulté le 18 décembre 2008)


Il est évident que l'impact est nul, parce que dans la grande majorité des cas, les armes viennent du marché noir :

- Il y a près de sept millions d'armes d'épaule enregistrées au Canada. Néanmoins, des 2 441 homicides signalés au Canada depuis l'introduction, en 2003, de l'inscription obligatoire des armes d'épaule, moins de deux pour cent (47) de ceux-ci ont été commis avec des armes d'épaule enregistrées (Centre canadien de la statistique juridique).

- La contrebande des armes à feu par les groupes du crime organisé est de loin la source la plus importante d'armes à feu dans nos rues. En fait, le service de police de Vancouver signale que 97 pour cent des armes à feu saisies en 2003 avaient été entrées illégalement au Canada à partir des États-Unis, habituellement par des groupes du crime organisé (service de police de Vancouver, Strategic Plan 2004-0.
Source : http://www.publicsafety.gc.ca/media/nr/2007/nr20071116-2-fra.asp


Autre exemple que la démagogie est forte et coûteuse, belle promesse électorale, belle facture aussi pour les contribuables!


samedi 13 décembre 2008

Statistiques

Mondialisation?









Source : http://www-wds.worldbank.org/external/default/WDSContentServer/IW3P/IB/2008/08/26/000158349_20080826113239/Rendered/PDF/WPS4703.pdf

Oui, mais le pouvoir d'achat?



Source : http://www.imf.org/external/pubs/ft/weo/2008/01/weodata/index.aspx

Communisme? (oui parce que la Chine est affreusement devenue un enfer du Capitalisme-d'État)


Source : http://laborsta.ilo.org/


Source : http://www.mckinsey.com/mgi/publications/china_consumer/index.asp


Source : http://www-wds.worldbank.org/external/default/WDSContentServer/IW3P/IB/2008/05/19/000158349_20080519094812/Rendered/PDF/wps4621.pdf

Impérialisme Américain?


Source : http://www.unctad.org/Templates/StartPage.asp?intItemID=2527&lang=1


Écart Riches-Pauvres au Canada?


Source : http://cansim2.statcan.ca/cgi-win/cnsmcgi.exe?Lang=F&RootDir=CII/&ResultTemplate=CII/CII___&Array_Pick=1&ArrayId=2020806

Dans ce tableau, remarquez que, chaque année plus de personnes sortent de la pauvreté qu'il y en a qui y entre, aussi, il y a une certaine mobilité sociale.

Source complète en encore plus sur Antagoniste.Net, une consultation quotidienne pour ma part, son auteur fait preuve d'une rigueur et de propos toujours clairs et concis. De nombreux tableaux y sont répertoriés, tirés d'instituts renommés et compilés par concepts.


Sur le Nationalisme

Je n'ai pas blogué dernièrement, faute de temps et surtout, de matière à écrire, toute mon énergie ayant été canalisée sur d'autres projets scolaires. Seulement, ce soir, j'ai découvert un blogue, celui de Daniel Laprès et sur celui-ci, je suis tombé sur un billet qui m'a enjoué.

Il s'agit d'un extrait de Laurent-Michel Vacher et de son fameux Dialogue en Ruine (que je vous conseille fortement d'ailleurs). Ce texte date déjà de 1996, mais est emprunt d'une fraîcheur certaine et excessivement actuelle, vu les résultats de la dernière élection générale au Québec.

Je vous met le lien source après l'extrait, bonne lecture!


PAPINEAU - Tu ferais mieux de te mettre enfin à ton projet sur la science !


VACHER - Tu sais bien que je ne peux pas m'en empêcher : j'espère toujours trouver la bonne façon de faire comprendre ce qui ne vas pas avec le soi-disant souverainisme.

PAPINEAU - (Laconique) Souverainisme de merde.

VACHER - D'accord, si tu le veux. Mais justement !

PAPINEAU - Pas du tout. Tu n'as rien compris. Écoute, mon vieux, ton erreur fondamentale et incorrigible, c'est de croire que le nationalisme est une pensée, que la souveraineté serait une idée, alors que ce ne sont que des manifestations ou les symptômes d'une névrose. Or, tu devrais le savoir, à ton âge, qu'on ne raisonne pas un délire obsessionnel, on ne guérit pas une paranoïa à coups d'arguments !

L'idéologie souverainiste est complètement ridicule, inconsistante et nulle, elle ne mérite même pas une ligne de critique tellement elle est absurde. Mais ça n'a aucune importance. La seule chose qui compte, c'est qu'elle remplisse parfaitement son rôle, qui est de nous bercer d'illusions, de nous remonter le moral, de nous faire croire que nous sommes beaux, brillants et importants sans avoir aucun véritable effort à faire. Parce que, évidemment, remporter deux ou trois prix Nobel nous ferait davantage de bien, et un bien autrement réel, mais l'inconvénient c'est que ça prendrait malheureusement beaucoup plus de temps et de travail.

Le ronron souverainiste, c'est le sourire béat de nos rêveries, depuis longtemps changé en rictus momifié, un masque qui compense à bon compte une faille inguérissable, sans visage et sans nom. Derrière le masque psychanalitique du nationalisme, il n'y a jamais eu d'idées - le souverainisme a précisément pour fonction de nous éviter la douleur extrême de penser notre réalité, notre situation, ce que nous sommes, de nous épargner l'effort déchirant du dépassement. Le nationalisme est une solution de facilité adaptée à la paresse et à l'impuissance ambiantes.

Relis n'importe quel écrit souverainiste, par exemple les invraisemblables éditoriaux du Devoir (tu sais, le genre: «Certes, le Canada aurait pu être un beau et grand pays, mais ça ne fonctionne plus désormais puisque les grands-méchants-loups-d'Ot
tawa-la-centralisatrice nous refusent le monopole de juridiction sur la formation de la main-d'oeuvre - ou n'importe quoi d'aussi insignifiant -, voilà pourquoi il ne nous reste qu'un seul choix, la souveraineté-association d'égal à égal qui, elle, va fonctionner à merveille...» et autres inepties insondables du même acabit), puis essaie d'enlever mentalement de tous ces textes le réflexe nationaliste de revendication.

Tu verras: il ne reste absolument rien, pas l'ombre du début du commencement d'une idée. Seulement un bavardage vide et satisfait, générateur d'une bonne conscience hypocrite, imbécile et démesurée : «Blabla Québécois, blabla Souveraineté-partenariat, blabla Ottawa (chou!), blabla Pays - blabla blabla : QUÉ-BEC!»

Aucune substance. Néant. Un néant proprement obscène. Ce qui crée l'illusion d'un contenu, c'est simplement la capacité inhérente à tout délire de revendication d'engendrer aux yeux du revendicateur une idole imaginaire de lui-même. Si personne n'éclate de rire en entendant ces insanités, dont le vide absolu devrait être manifeste, c'est que pratiquement tout le monde est complice, partage la même folie, vit dans la même bulle d'illusion consolatrice, cultive avec désespoir et complaisance la même projection onirique de soi - bref tout le monde est affecté de la même névrose délirante, si rassurante et si commode.

Les Basques, les Tchétchènes, les Kurdes, les Tamouls, les Afro-Américains, les Corses, les Amérindiens (surtout les Amérindiens!) qui réclament un pays séparé exagèrent, chacun sait ça, mais... pas nous! - qui pourtant avons manifestement dix fois plus de souveraineté, d'autonomie, de pouvoirs et de libertés qu'eux tous réunis.

Bien sûr, quiconque lirait sans prévention les textes du droit international comprendrait dès le premier coup d'oeil que les Amérindiens, par exemple, répondent infiniment mieux que le Québec (qui, en fait, n'y satisfait pas du tout) aux critères requis pour prétendre au droit à l'autodétermination et à la sécession. Ça n'empêche pas tout un chacun, y compris le PLQ, de soutenir le contraire, avec la belle unanimité dont nous sommes devenus spécialistes. Un vrai cirque.

Et toi, tu vois pas que ça ne sert strictement à rien d'écrire ne serait-ce qu'une ligne de critique rationnelle contre tout ce complexe nationalo-souverainiste? Tu comprends pas, Le Fou, qu'on ne discute pas, on ne réfute pas un trouble mental - on en guérit ou non, c'est tout.

VACHER - Vraiment formidable ! À cause de toi, j'oserais presque dire «à ta place», j'ai écrit un petit livre sur le souverainisme, qui d'ailleurs t'est dédié, et puis voilà que maintenant tu m'accuses de n'avoir rien compris.

PAPINEAU - (Rigolant) Ah mais ça c'est ton problème !

VACHER - Tu ne penses pas que tu pourrais expliquer tout ça toi-même? Un bon papier dans Le Devoir ?

PAPINEAU - Hors de question. On ne peut pas dire ces choses publiquement. Ça fait l'objet d'un interdit majeur. Même si on réussissait à le dire, ça aurait l'effet contraire de celui qu'on rechercherait. Je passerais pour un excentrique complètement dérangé, et les autres en profiteraient pour ressasser un coup de plus de leurs évidences creuses sur le beau Pays du Québec auquel nous avons un droit historique imprescriptible depuis les plaines d'Abraham, ainsi soit-il !

Jamais tu ne comprendras ça. Nos pères et nos ancêtres, vois-tu, nous ont transmis par voie d'atavisme constitutif le sentiment anti-anglais - peut-être pas nécessairement la haine de l'Anglais, mais en tout cas le goût de nous plaindre de lui, de récriminer contre lui, ainsi que le désir de lui faire des misères. C'est un aspect fondateur. Si les Québécois ont tant aimé Trudeau, crois-le ou pas, c'est parce qu'à sa façon, avec arrogance et grand style, il faisait des misères aux Anglais, leur imposant un bilinguisme et un biculturalisme dont ils ne voulaient guère. Même chose avec le Bloc et Bouchard, chargés de faire des misères au Parlement fédéral tout entier. Du point de vue de la psyché collective, et donc de l'intérieur même de chacun de nous, celui qui aime les Anglais ne peut être qu'un lâche et un traître, il n'est plus qu'un sous-homme, aboli et foudroyé du dedans par l'Esprit des Aïeux - il est comme mort.

Or moi, je n'ai aucun besoin d'un bouc émissaire pour me sentir une identité et j'aime bien les Canadiens anglais: Glenn Gould pour commencer, Mordecai Richler aussi figure-toi, et Leonard Cohen, Mavis Gallant, Betty Goodwin, Michael Snow, Charles Taylor et tant d'autres. Si tu veux le savoir, j'ai même un faible pour le gouvernement fédéral, et également pour le Conseil des arts du Canada, l'Office national du film, la Société Radio-Canada et tout ça.

Oh, je reconnais que j'ai voté Oui en 1980, par faiblesse, pour qu'on en finisse et qu'on puisse enfin passer à autre chose. Mais la prochaine fois, tu peux être certain que je répondrai Non. La vérité, criss, c'est que j'aime bien cette entité improbable qu'on appelle le Canada, justement parce que c'est un pays sans queue ni tête, qu'on est en train de saboter et d'étrangler bêtement, alors qu'il aurait ce qu'il faut pour devenir un bon exemple d'humanisme pragmatique et pluraliste.

Seulement voilà : celui qui aime ce pays est maudit. Il ne peut donc que se taire. Symboliquement au Québec, être nationaliste, c'est avoir le droit d'exister ; être contre le nationalisme, c'est mourir à soi-même et à sa communauté. Nul ne peut imaginer à quel point c'est, pour tout un peuple, un désastre sans mesure, qui nous paralyse et nous amoindrit irrémédiablement, mais c'est comme ça.

Des fois, quand j'ai le courage de répondre à quelqu'un qui m'emmerde trop avec ses radotages débiles de péquiste sur les empiètements, les chevauchements et autres dédoublements: « Eh ben, moi, c'est pas la même chose, je suis fédéraliste ! » - tu sais, j'ai peur que ça finisse par me tuer, je veux dire: réellement. (Par bonheur, ou plutôt par malheur, les gens ne me croient même pas: avec ma gueule d'intellectuel anarchiste, impossible que je sois vraiment fédéraliste, ça se voit tout seul, si je dis des choses comme ça c'est sûrement pour blaguer ou pour provoquer, etc. Les caves !)

Maintenant, tiens, c'est vrai qu'en dernière analyse je ne donne pas entièrement tort aux nationalistes lorsqu'ils se plaignent qu'on soit pas dans un «pays normal» puisqu'ici - politiquement s'entend - on doit être fou pour paraître sain d'esprit et vice-versa, ce qui n'est guère «normal» ! À bien y réfléchir, d'ailleurs, c'est assez philosophique, l'affaire. Un peu comme : vivre dans la caverne de Platon après avoir vu le soleil !

VACHER - Quand je pense que ton héros c'est Thomas Bernhard, qui a chié sur l'Autriche plus que tu ne pourrais jamais craindre de le faire pour le Québec en disant tout ça !

PAPINEAU - (Regardant Vacher droit dans les yeux avec une rage froide et martelant ses mots.) On peut pas. On ne frappe pas un homme à terre !

VACHER - Et alors, on devrait faire quoi, d'après toi ?

PAPINEAU - Ah ça! (Sarcastique.) Mais rien du tout. Bientôt la question ne se posera même plus. Regarde un peu. On a fermé Gagnon. On a pratiquement fermé Schefferville. Les gens ont oublié. Personne n'a compris que c'étaient des répétitions générales. La prochaine fois, mon vieux, moi je te le dis, on va fermer le Québec ! C'est que, toujours vouloir faire des misères aux autres, ça peut entraîner loin : jusqu'au suicide. Un beau jour, tout ce qui te reste pour nuire à autrui, c'est de te pendre. (Éclat de rire.) Tu te vois, travailleur immigré à Sudbury? Allez, salut!


Extrait tiré de: "Dialogues en ruine", de Laurent-Michel Vacher, Montréal, éditions Liber, 1996.

D'après :

http://lapresd.blogspot.com/2007/01/dialogue-sur-le-nationalisme-au-qubec.html